Ludovic Huraux, fondateur de Shapr, nous raconte son histoire.

 

  • Parlez-nous un peu de votre parcours et de vos études.

 

Je n’aimais pas trop l’école, je n’étais vraiment pas sérieux ! J’ai eu des années un peu compliquées au lycée, ce n’était pas assez concret pour moi, je ne me sentais pas hyper à l’aise. J’ai failli abandonner au bac et je me suis motivé pour bachoter et avoir mon bac S spé maths de justesse. J’aurais dû faire ES ! Puis j’ai fait une école post bac, l’IPAG en 4 ans, et j’ai fait des stages : Au début, je voulais travailler dans le sport (Agent de joueur de tennis), j’ai fait un stage à Londres et je me suis rendu compte que c’était un milieu qui ne me convenait pas. Puis je suis parti dans la finance, dans les fonds de LBO. J’ai fait trois ans dans le Private Equity, un métier passionnant, mais j’avais envie de monter ma boîte. J’avais des idées dans tous les sens. Je m’intéressais au marché des sites de rencontres, à l’époque il n’y avait que Meetic, et je me suis dit que ça allait se segmenter et que j’aurais ma place. C’est là qu’a démarré l’aventure Attractive World.

 

En quelques mots, Attractive World est née en 2007. À l’origine, mes deux meilleurs amis m’ont convaincu de lâcher mon poste dans le Private Equity. C’était étrange à 24 ans de lancer sa start-up alors que je gagnais bien ma vie et que ma maman était très fière de mon métier ! Tout quitter pour repartir de 0 alors que je n’y connaissais rien à internet … Au début j’ai fait toutes les erreurs du monde, mais les utilisateurs étaient patients, et on avait une bonne stratégie marketing et un bon time to market. J’ai eu également beaucoup de chance d’avoir beaucoup de visibilité dans la presse qui nous a facilité les levées de fonds (Un peu plus de 5 millions d’euros au total) et surtout de trouver deux super associés (Cyril Ferey et Vincent Bobin). Nous sommes ensuite devenus un des leaders sur le marché Français, puis en 2013 nous sommes devenus rentables, et on a regardé s’il y avait la possibilité de dupliquer le concept à l’international. Malheureusement c’était déjà trop tard car le marché s’était beaucoup segmenté. En 2014, j’ai recruté une Directrice Générale et je suis parti lancer Shapr avec Cyril, Vincent et deux autres co-fondateurs (Thomas Bouttefort et Jonathan Rogez) en 2015. Attractive World a été vendue en 2016 au groupe Allemand Affinitas, la fin d’une belle aventure !

 

  • Comment vous est venue l’idée de mêler site de rencontres et milieu professionnel ?

 

C’est un état d’esprit. Je suis hyper curieux de nature et la meilleure façon d’assouvir cette curiosité était pour moi de rencontrer plein de gens. C’est une super façon d’apprendre plein de choses de manière ludique et inspirante. Depuis que je suis entrepreneur et même avant, j’ai rencontré plein de gens, j’ai beaucoup appris, je me suis fait des amis et ça a provoqué des opportunités professionnelles que je n’aurais jamais imaginé. La plupart de mes investisseurs ou de mes associés, je les ai rencontrés via mon réseau. Dans un monde où les gens cherchent du sens, la meilleure façon de provoquer le destin était de rencontrer de nouvelles personnes et il n’y avait pas d’outil pour ça. LinkedIn est une belle plateforme mais pas dédiée au networking. Je m’explique : Il y a des millions de gens sur LinkedIn mais si on veut prendre un café avec quelqu’un, c’est compliqué. Il y a aussi énormément de spam commercial. Je me suis dit : « On va rendre le networking simple et inspirant. »

 

Aujourd’hui, le networking a une connotation négative : Ce sont des gens qui distribuent leur carte de visite pour vendre un produit. Pour moi, ce n’est pas ça du tout. C’est s‘ouvrir aux autres, s’entraider échanger des idées, et des opportunités professionnelles de manière inattendue. Et ça ne se fait pas forcément immédiatement. Un exemple : Si toi et moi on allait prendre un café, peut-être que dans l’immédiat on aurait rien à faire ensemble, mais que dans un mois où deux je trouverais quelqu’un content de bosser avec toi ou toi quelqu’un qui pourrait m’aider sur Shapr.

 

On a vraiment envie de changer les mentalités, et de dire : « Vous voulez sortir de votre zone de confort pour provoquer des choses positives qui vont vous inspirer ? Allez sur Shapr et vous allez voir, il va se passer plein de choses de folles dans votre vie. »

 

  • Pourquoi le nom Shapr ?

 

Il y a un verbe que j’adore, très utilisé aux États-Unis, c’est le verbe to shape. « Shape your future » « Shape your projects. » On l’entend partout, ça veut dire façonner. C’est un mot court mais qui exprime le fait d’être acteur de sa vie. On s’est dit que nous serions la plateforme qui aiderait à façonner une vie que les gens ne regretteraient pas, à shaper sa vie.

 

  • Quelles sont les applications qui vous ont inspirées ?

 

On a vu le monde des sites de rencontres évoluer. On a vu des applications comme Tinder changer la manière dont les gens utilisaient les sites de rencontres, notamment grâce au swipe. Sur LinkedIn par exemple, il faut que l’un des deux sollicite l’autre et envoie un message. Sur Shapr on te suggère des gens, tu swipe à gauche ou à droite et tout est anonyme. Personne n’est vexé. Ça évite aussi le spam commercial, parce qu’il faut qu’on ait tous les deux envies de se rencontrer. C’est une relation authentique et un état d’esprit positif. On a la chance d’avoir un algorithme poussé avec énormément de data qui font qu’on suggère des gens que nos utilisateurs n’auraient jamais eu l’idée de contacter, mais étaient super heureux de rencontrer.

 

Si je devais définir Shapr en trois mots je dirais simple, inspirant, et ludique.

 

  • Qui sont vos utilisateurs ? Est-ce une communauté ?

 

Ils sont répartis essentiellement entre les États-Unis, la France, et l’Angleterre (Environ 60% aux États-Unis, 25% en France, 10% en Angleterre et 5% dans le reste dans le monde).

Notre cible est très large, entre 20 et 45 ans, ce sont des gens qui peuvent être entrepreneurs, freelances, dans les nouvelles technologies, qui cherchent un job ou à complètement changer de vie. En terme de secteur d’activités, on a vraiment de tout : politique, sport, artistes …

 

Nos utilisateurs nous disent souvent qu’ils aiment Shapr car ils y rencontrent des gens hyper ouverts, curieux, qui recherchent l’entraide. Un jour, Shapr regroupera toutes ces communautés sur la plateforme. Mais avant tout c’est un état d’esprit : Être ouvert sur le monde, échanger, bousculer son quotidien. Cet état d’esprit crée une communauté de lui-même. Les utilisateurs sont la communauté d’aujourd’hui.

 

  • Y a-t-il eu des erreurs, des difficultés ? Racontez-nous votre plus grosse erreur.

 

Bien sûr, on a lancé une première version de Shapr en 2015 qui n’a pas du tout marché, avec un certain nombre d‘erreurs. Le produit était trop compliqué et ne répondait pas à un besoin. Puis en 2016, la nouvelle version, beaucoup plus simple. L’année 2015 a été très difficile, j’étais parti à New York (Il faut savoir qu’une partie de l’équipe est aux États-Unis et l’autre en France) et lancer un produit qui marche pas, c’est très dur pour l’égo.

 

La plus grosse erreur, c’est qu’on n’avait pas envie de parler de l’idée de peur de se le faire piquer. On n’a pas assez parlé du premier produit : On a passé 6 mois à le développer, on a investi aux États-Unis, et on a perdu plus d’un million de dollar. Il ne faut pas être parano sur l’idée. La réalité c’est que la probabilité que quelqu’un vole l’idée est super faible, et que si tu ne prends pas le temps de discuter avec tes utilisateurs potentiels et de comprendre la valeur ajoutée de ton produit, tu prends le risque de faire un produit trop complexe qui a très peu de valeur perçue. On s’est jetés tête baissée dans la première version et ce fût un échec complet. Depuis, on est énormément tournés vers nos utilisateurs, leurs besoins, leurs attentes, et il y a énormément d’itérations sur le produit. On fonctionne sur deux jambes : Les retours utilisateurs, et la data. Ça fonctionne beaucoup mieux, même s’il reste beaucoup de challenges.

 

  • Les plus grosses joies ?

 

Les plus grosses joies sont quotidiennes. Tous les jours, des gens nous envoient des messages et nous disent qu’ils ont rencontré quelqu’un et que ça change leur vie. Un nouveau job, un co-fondateur, un investisseur … Ou même un super pote ! On a même des gens qui font des Shapefie (Comme un selfie mais pendant un café Shapr), et je trouve juste ça génial, surtout dans le climat actuel. Shapr va dans le sens de l’ouverture : Il y a plein de gens passionnants, quelle que soit leur religion ou leurs idées politiques. Et vous partagez des choses avec ces gens-là. Shapr aide à reconnecter les gens.

 

Les réseaux sociaux sont extraordinaires mais nous enferment dans une bulle virtuelle : On se fait plein d’amis mais on ne les voit que très peu dans la vraie vie. Alors qu’avec Shapr, on utilise le digital pour revenir à l’essentiel : La rencontre dans la vie réelle.

 

  • Pourquoi s’installer d’abord aux États-Unis ?

 

Pour moi, Shapr est un projet qui correspond à ma vision de la vie. Indépendamment de l’impact financier, je voudrais que ça impacte au niveau mondial. Pour être leader mondial, il vaut mieux commencer aux États-Unis. À partir du moment où tu pénètres le marché Américain, c’est plus facile de lever des fonds et basculer sur l’Europe. Alors que Attractive World est resté un business Franco-Français, j’ai plus d’ambition avec Shapr.

 

  • Quelle est la difficulté d’aller à l’étranger et quelles sont les spécificités territoriales à étudier/envisager quand on décline une offre mondiale ? Les usages sont-ils les mêmes partout ?

 

On ne voit pas une énorme différence d’usages entre la France et les États-Unis. C’est plus dans la façon de faire du marketing : La publicité, la prise de parole dans la presse. On a des collaborateurs Américains responsables du branding et du contenu (Extérieur et intérieur à l’application). Sans eux, on aurait eu du mal.

 

C’est un marché qui coûte très cher, et qui demande de recruter des talents aux États-Unis avec une culture différente. On s’est dit qu’on allait s’appuyer sur nos forces Françaises : Les ingénieurs, data scientists, équipes techniques et le réseau pour lever de l’argent en France. Mais on savait que le marketing, les relations presse, et le branding devaient se passer aux États-Unis. On a donc décidé de ne recruter que des utilisateurs de Shapr dans les équipes Américaines. Pourquoi ? Car c’était la meilleure façon : Recruter des gens déjà convaincus par le projet.

 

  • Avez-vous des concurrents ?

 

En terme de positionnement direct, c’est-à-dire les applications de networking, nous n’avons quasi pas de concurrents en France ou aux États-Unis. Nous sommes la plus grosse application avec une croissance importante. À titre d’exemple, on est passé de 500 nouveaux utilisateurs par jour il y a 6 mois, à 2 000 il y a une semaine. Il y a également un potentiel de marché exceptionnel, et du challenge : Certains ne voient pas encore l’intérêt d’utiliser Shapr. Il y a du travail à faire pour expliquer cet intérêt mais dès que les gens s’inscrivent, il y a beaucoup de bouche-à-oreille, et le marché va évoluer assez vite.

 

On a aussi une très belle nouvelle qui arrive, je ne vous en dis pas plus !

 

  • Quels sont les secrets de la longévité dans un monde connecté, 3.0, où chaque seconde apporte son lot de nouveautés ?

 

La réussite d’une start-up, et notamment en B2C demande surtout une cohérence hyper forte et de la modestie, pour se remettre en question et se challenger en permanence. Je crois beaucoup au fait de partir d’une vision. Rencontrer une personne par semaine, de la même manière qu’aller faire du sport, doit devenir un style de vie. C’est bon pour nous, ça nous apporte des choses, et nous pensons que chaque personne devrait le faire.

 

Notre vision : Créer un produit simple, ludique et inspirant, qui donne envie de se connecter régulièrement pour rencontrer des gens autour d’un café.

 

  • Quels conseils donneriez-vous aux autres entrepreneurs ?

 

Ce n’est pas vraiment un conseil … Je pense juste qu’entreprendre est une chance incroyable, une liberté extraordinaire, malgré des moments hyper difficiles et parfois de grandes périodes de doutes. La meilleure façon d’y arriver est de se lancer dans un projet qui nous tient vraiment à cœur. Quand la mission de l’entreprise correspond complètement à la personnalité et aux envies profondes des fondateurs, la probabilité que la start-up fonctionne est beaucoup plus élevée. Avant de se lancer, il faut prendre le temps. Prendre le temps de valider le marché bien sûr, mais au-delà, prendre le temps de trouver un projet qui tient tellement à cœur qu’on va pouvoir se battre même dans les moments difficiles pour que ça marche.

 

  • Pensez-vous que Shapr soit faite pour durer dans le temps ?

 

C’est notre ambition, faire de Shapr un leader mondial qui révolutionnera la manière dont les gens se rencontrent et rendra le monde encore plus ouvert ! Est ce qu’on y arrivera ? Seul l’avenir nous le dira, il reste beaucoup de challenges et d’étapes à franchir.

 

L’intention est sincère, on y met énormément d’énergie, j’ai des associés géniaux et c’est un vrai plaisir de me lever chaque matin.

 

Le petit mot de la fin : « Audrey, il faut que tu fasses une rencontre Shapr cette semaine ! »

 

Interview réalisée par Audrey Warin – Journaliste d’entreprise/Conceptrice-Rédactrice chez TimeFunding, pour Les Pépites Tech.