Il y a 17 ans, quand on me demandait ce que je faisais, j’avais du mal à assumer ma situation de « jeune cadre plus ou moins dynamique » chez Edenred (ex-Accor Services), et je me réfugiais derrière mes activités associatives.

Je disais « j’aide les artistes ! ».

J’en tirais à la fois une satisfaction intellectuelle et une certaine fierté parce que j’avais ce sentiment d’utilité qui me semblait vital, essentiel à mon accomplissement ou tout au moins à mon épanouissement et que je peinais à trouver au bureau.

On me traitait « d’idéaliste »… ou de doux rêveur. Mes amis de promo issus de GEM (ex-ESC Grenoble) me disaient que je m’égarais… que la vie, ça devait être d’abord le pragmatisme, puis après, avec un peu de chance, de l’argent… et enfin, grâce à cet argent, le bonheur en ligne de mire.

La vie de bac+5 ce devait être cad’dynamique, bien dans sa case, ou rien. Nous étions en 2001.

Les tours, et avec elles quelques certitudes bien nazes, n’étaient pas encore tombées sur nos petites existences pétries de suffisance et d’ignorance crasse (merci Desproges, celle-là, je te la pique !).

À l’époque, seuls quelques rares oiseaux colorés et extravagants (en l’occurrence, Omar et surtout Fred !) quelques amis de comptoirs (Julie, Fredo, et mes amis musiciens et du café théâtre !) et ceux avec qui je partageais mon temps entre oisiveté de bureau et activité nocturne associative, me disaient que j’étais sans doute dans le « vrai »… surtout pour me rassurer, j’imagine.

Mais même ma mère me demandait « comment je ferais pour payer mon prêt étudiant si je n’avais pas la chance d’avoir un CDI ! »…

Tiraillement !

Après avoir démissionné, en 2004, pour être en accord avec mes convictions d’accession au bonheur et en désaccord avec une politique que Accor, à l’instar de nombreux Caqueux du Quarante, s’appliquait à respecter (on ne vire pas, on déplace !!! toujours d’actualité si j’en crois les dinosaures restés en place 15 ans après !), je me retrouvais intermittent du spectacle et installé en permanence dans les premiers rangs pour enfin tutoyer la promesse d’un quotidien laborieux mais radieux…

Qu’elles furent belles ces années de reconversion ! Quelle chance que la TNT naissante ait eu tant besoin de néophytes comme moi à son démarrage ! Je repartais donc de zéro, la fleur au fusil et avec en tête la certitude d’être dans le seul vrai choix de vie possible pour les esprits libres : être bien dans son travail et fier de ce que l’on fait.

Comme on le dit souvent : faire ce que l’on aime, c’est la liberté. Mais aimer ce que l’on fait, c’est le bonheur…

Et donc, l’intermittent qui payait mon loyer avait du mal à refreiner l’entrepreneur qui dormait (peu) en moi…. Et en 2009, rattrapé par les démons inséminés à 10kE l’année à Grenoble, germaient en moi concomitamment, l’envie de procréer, d’entreprendre et de continuer à m’éclater.

Une crise de la trentaine avec un peu de retard (!) ; ce qui arrive à tous ceux qui mettent un peu plus de 10 minutes à s’apercevoir qu’ils ne veulent pas « vraiment » passer 35 ans chez Price ou chez L’Oréal… En l’occurrence, moi, ça m’a pris 3 ans !

Me voilà donc à 32 ans slasher et heureux. Sans le savoir à l’époque, puisque la tendance était bien plus à la quête de la sécurité, à l’envie de stabilité et au rejet de toute forme de nouveauté en matière de gestion des carrières…

Vous allez me dire que ce n’était pas « par nécessité » que j’étais devenu « slasher » ? Mais je vous répondrai que « si » : la nécessité n’est jamais que matérielle. Il était vital, pour ma santé mentale et mon moral, que je n’aie pas qu’une seule petite chose télévisuelle à me mettre sous la dent…

Il faut toujours écouter ses envies de créer, de faire, de partager, ou d’entreprendre.

Et d’ailleurs, ça ne se fait que très rarement tout seul. Les rencontres sont primordiales pour qui a ce besoin de s’accomplir en entreprenant une tâche, en se lançant un défi, en essayant de servir à quelque chose.

Alors cette vie, je l’ai embrassée depuis 2009, et avec elle, ma femme, ses projets et ses envies d’aventures entrepreneuriales.

Quelques années et quelques centaines de projets plus tard, après plus de 3000 heures de programmes réalisées, produites ou pensées, pour la télévision, le web et ma grand-mère, après des nuits passées à créer des entreprises, des applications, ou des plans de com pour d’autres boites, après de nombreux voyages à l’étranger pour rencontrer les autres fous de la planète, l’ennui m’a à nouveau trouvé.

M’est alors venue en 2016, l’envie d’accompagner la mère de mes 3 filles dans son nouveau voyage disruptif, alors qu’elle avait été récemment poussée à l’entrepreneuriat en série par une succession de mauvaises rencontres et un ras le bol de l’inertie des investisseurs sans projet, sans âme et sans saveur qui ne fonctionnent qu’à l’égo et au bas de ligne.

À nous deux, avec en bandoulière nos expériences, nos succès, nos rares échecs et de belles perspectives, nous nous sentions armés pour de nouvelles péripéties au cœur des nouvelles étrangetés de notre temps.

Le temps… notre époque… Et ça tombait bien.

Car avec son associé, elle a trouvé les mots et le business model à coller aux usages émergents, aux nouvelles envies, aux futures tendances et aux méthodes d’avenir en matière de collaboration, de RH et de notre relation au travail. Ils ont tous deux répondu à une question fondamentale qui me taraude personnellement depuis la sortie de l’école : à qui ai-je envie de faire bénéficier de mon savoir, de mon expérience ?

Ai-je une philosophie plus proche du pragmatisme flegmatique rosbif ou du mécanisme immobile et craintif de nos carcans latinos ?

En gros, ai-je envie de travailler avec quelqu’un qui me demande « savez-vous faire ça ? » ou avec quelqu’un qui me demande « avez-vous les bonnes références et les bons diplômes pour faire ça ? »…

Vous savez ? Cette fameuse question de « légitimité » qui sclérose la France de haut en bas en la privant de ses meilleurs talents qui partent se faire voir chez les autres ? Non ? Vraiment ?

Allons donc !

Alors j’ai embarqué pour l’aventure du TimeFunding. Et ce qui est marrant, c’est que j’en ai été le premier cobaye.

Les pots cassés, en gros, ils sont pour moi.

Mais quel kif !

(Oui, j’ai 40 piges, mais je suis un djeunz !)

Mon dieu : faites tous comme moi !!

Aujourd’hui, si l’on me demande ce que je fais dans la vie, je ne sais pas quoi répondre, « but in a good way » : actuellement, je cherche des biens immobiliers pour des agences de communication américaines, je développe l’activité commerciale d’une société de production audiovisuelle, j’écris, je produis des films, j’accompagne l’acquisition de notoriété d’une application d’un réseau social vidéo, je participe à l’élaboration de la stratégie du TimeFunding avec les fondateurs, je continue par ailleurs à jouer avec les images pour la télévision et l’on m’a encore demandé il y a peu d’écrire des textes pour une pièce de théâtre….

Et évidemment, pour tout ça, je suis payé ou je le serai un jour… et même si je ne le suis pas pour tout, je m’en fous ! J’aime cette énergie, cette fougue, ce tourbillon et ces rencontres. J’aime ne pas savoir. J’aime ce risque partagé avec ceux qui m’acceptent et m’accueillent sur leurs projets, auprès de leur « bébé ». C’est une sensation folle, positive et tellement excitante !

J’aime que les générations se parlent en dehors des silos, que le co-working deviennent plus qu’une répartition de mètres carrés, j’aime que l’on m’explique, j’aime expliquer, j’adore voir briller les yeux d’un jeune très heureux de fédérer autour de son projet et tourner la tête pour voir le même regard bienveillant sur le visage d’un cadre à l’expérience incroyable qui a été conquis par le projet en question…

J’aime aussi que l’argent soit en quelque sorte sorti de l’équation en tout cas dans la forme dans laquelle on l’appréhende habituellement.

Mais alors, où trouver le temps ? Mais c’est là encore une question de liberté : rien ne m’est imposé.

Je ne suis pas célibataire. J’ai 3 enfants. Je leur accorde tout le temps possible et nécessaire à faire d’eux des humains épanouis et de leur temps, je lis, j’écris, je vois mes amis, je voyage, … j’ai même le temps de prendre mon temps.

Dingue.

Je ne prétends pas avoir trouvé une clef définitive et absolue du bonheur, mais à quiconque me dit actuellement « mon boulot m’emmerde », et à qui il y a quelques temps j’aurais dit « eh bien barre-toi, démissionne ! », j’ai tendance aujourd’hui, avec un petit sourire en guise de promesse, à lui dire « tu as pensé au TimeFunding ? »….

Et d’ailleurs, vous : Vous y avez pensé ?

 

Par Nash Hughes.