Heures supplémentaires ou TimeFunding ?

 

La réflexion sur le TimeFunding pousse les portes de nombreux sujets. Aujourd’hui, abordons celui des heures supplémentaires.

 

Depuis 2012, en France, l’heure supplémentaire, à supposer qu’elle soit comptabilisée par l’entreprise notamment pour les cadres, n’est plus défiscalisée.

Autrement dit, elle est soumise à cotisations sociales et à l’impôt sur le revenu pour qui y aurait recours.

Les avantages liés à la défiscalisation n’existent plus. Cette notion qui avait servi la petite phrase « travailler plus pour gagner plus » a vécu.

 

Cependant, et déjà entre 2007 et 2012, l’heure supplémentaire n’avait pas grand sens pour les professions d’encadrement supérieur, étant donnés l’absence de pointage réel en entreprise et le dépassement régulier voire implicite que la fonction supérieure suppose.

Quand un contrat de salariat s’inscrit sur le papier dans la limite légale maximale du travail hebdomadaire (48h hors circonstances exceptionnelles), il est encore courant de voir les cadres intermédiaires et supérieurs rester au-delà des 10h quotidiennes légales au bureau pour des totaux d’heures non comptabilisées (voire illégales que les comptes épargne-temps ne parviennent même plus à convertir in fine en jours de congés ou en primes) astronomiques.

Et l’on parle de travail « subi » puisque l’heure supplémentaire est par nature « demandée par l’entreprise » au salarié. Implicitement.

Elle est par ailleurs « géo-subie » puisqu’elle implique aussi d’être physiquement présent sur le lieu du-dit travail. Elle peut en sus, s’accompagner du traditionnel « travail à la maison » qui finit de tuer le temps libre de la soirée, du weekend, de la famille et de la socialisation au sens large..

Enfin, de tous temps, l’heure supplémentaire du cadre a été une forme de travail étonnante : le travail gratuit !

L’heure supplémentaire, au sens strict de ce qu’elle est aujourd’hui dans l’entreprise est l’expression de l’asservissement de l’homo œconomicus de la génération des baby-boomers.

C’est pour cette raison que fiscalisée ou défiscalisée, elle est une abomination qui est amenée à disparaître.

Mais chaque chose en son temps !

 

Que penser alors dans un premier temps, d’une façon d’externaliser l’heure supplémentaire ? Que penser du TimeFunding comme façon de revenir aux avantages fiscaux de l’ancien régime des heures supplémentaires (avant 2012) tout en y adjoignant les avantages nouveaux de la mode du « slashing » ?

 

Élargissons le spectre.

 

Si l’on considère que in fine, le TimeFunding est, par nature, destiné à transformer le temps prêté en capital, en investissement, et non à le considérer comme du travail, et donc destiné à être soumis aux règles régissant le capital investi et non à celles régissant le travail, il est naturel aussi de considérer que la fiscalité appliquée à ces heures investies transforme celles-ci en « heure supplémentaire défiscalisée » en quelque sorte.

Si l’on considère que tôt ou tard, le travail hautement qualifié sera de plus en plus considéré comme du capital (voir par ailleurs les théories du docteur Laurent Alexandre sur le lien du travail à l’Intelligence Artificielle), alors le slasher d’aujourd’hui, l’apprenti TimeFunder, le prêteur de temps, « l’externaliseur » d’heures supplémentaires n’est que le travailleur-entrepreneur avant-gardiste de notre époque, préfigurant le travailleur hautement qualifié des années 2050.

Alors oui : le TimeFunding est une pensée de son temps, puisqu’il naît des principes de désintermédiation, de plateformisation, de simplification des process, de libéralisation de la connaissance, de commercialisation de la confiance… mais il donne aussi une vision assez claire des aspirations actuelles et futures des acteurs du marché du travail et une vision solide de ses mutations.

Au sein de cette réflexion, les questions de tiers de confiance, d’assurance du temps prêté, de prise et de limitation du risque sont des corollaires de la mise en place du TimeFunding.

L’outil central de mise en relation entre les prêteurs de temps et les start-up en mal de compétences, est en outre à terme destiné à être hautement technique : big data, algorithmes, AI, cryptomonnaie, Blockchain sont des sujets que nous évoquerons prochainement par ici car ils touchent tous le TmeFunding au plus près…

Et lorsqu’il sera possible à tout un chacun, présent dans la base, d’investir des heures, volontairement, en toute confiance, partout dans le monde, pour engranger du temps convertible en monnaie sonnante et trébuchante ou en parts de capital de sociétés en croissance, en plus de son travail, alors la question de la rémunération des heures supplémentaires devra être révisée au sein même des entreprises qui voudront conserver ce temps travaillé.

 

Comme le dit le professeur Laurent Alexandre, le travail hautement qualifié a déjà tendance à être fidélisé/rémunéré en capital (actions, stock options, etc…) et non plus en salaire, et ce mouvement ne pourra que s’amplifier au contact des nouveaux modes de mise à disposition de son savoir, de ses compétences, et en l’absence de frontières réelles pour le Capital.

En attendant l’avènement de l’intelligence artificielle et du bouleversement des habitudes de travail qu’elle impliquera indubitablement, et à défaut de tout de suite jouer le rôle d’interrupteur disruptif du paradigme actuel du marché de la compétence et de l’emploi, considérons le TimeFunding comme une nouvelle façon de faire des heures supplémentaires…

C’est déjà ça.

 

Par Nash Hughes.